Le coup d’œil du vigneron : repérer les symptômes, du bourgeon à la baie
Le black-rot, dû au champignon Guignardia bidwellii, se manifeste sous plusieurs formes, selon le stade végétatif. Un suivi précis du vignoble, semaine après semaine, exige d’être attentif à des détails souvent trompeurs, qui peuvent rappeler d’autres maladies comme le mildiou ou l’oïdium. Voici les principaux symptômes, stade par stade.
Sur feuilles : l’apparition des taches caractéristiques
- Période d’apparition : dès la sortie des feuilles, généralement à partir de mi-mai si la météo est propice (humidité, températures entre 16°C et 30°C).
- Signe précurseur : petites taches rondes d’abord jaune clair, de 2 à 10 mm de diamètre, avec contour brunâtre irrégulier – on parle parfois de “taches d’huile” comme pour le mildiou, mais celles du black-rot sont plus nettes et sèches.
- Évolution : le centre de la tache devient brun-grisâtres, avec de minuscules points noirs (pycnides) disposés en cercle ou en fer à cheval, visibles à la loupe ou même à l’œil nu en bonne lumière.
Ce détail mérite d’être souligné : sur sauvignon blanc, les pycnides sont très abondants, ce qui distingue nettement le black-rot d’une attaque de mildiou où la fructification blanche n’apparaît que sur la face inférieure. Les jeunes feuilles, plus tendres, sont les plus vulnérables.
Sur rameaux : symptômes souvent négligés
- Localisation : sur les pousses vives, surtout les entre-nœuds proches des grappes.
- Aspect : taches ovales, allongées, brun noirâtre, entourées parfois d’un halo pourpre. Elles se creusent légèrement et les pycnides sont présents en nombre.
Ce symptôme ne tue pas le rameau mais prédispose aux infections ultérieures en affaiblissant la vigueur et la circulation de la sève.
Sur fleurs et jeunes grappes : la grande vulnérabilité du sauvignon
- Lors de la floraison : lésions classiques sur les pédicelles floraux, petites taches brunes qui, en cas d’attaque massive, provoquent la chute des fleurs et donc un échec partiel ou total de la nouaison.
- Petits grains : grains qui commencent à brunir, se contractent et se dessèchent rapidement. La maladie bloque la croissance et forme une cicatrice typique, noirâtre et ridée (aspect “baie momifiée”).
Ce stade est critique : en cas de forte infestation, jusqu’à 80% de la récolte d’une parcelle peuvent être perdus, comme le notifiait déjà l’INRA lors des saisons exceptionnellement humides de 2013 et 2016 (VigneVin.com).
Sur baies mûres : diagnostic visuel et erreurs à éviter
- Grains adultes : tâche brune sur le côté exposé à la pluie ou au vent, qui s’élargit, s’assombrit, et prend un aspect carné puis sec, fripé, complètement noir. Ces baies ne s’écrasent pas mais restent dures sous la peau ridée, contrairement à la pourriture grise (Botrytis cinerea) où elles deveniennent molles et juteuses.
- Présence de pycnides : elles ponctuent la surface des baies, comme des mini points de braise noire.
Un tableau différentiel peut éclairer sur la confusion fréquente entre black-rot, mildiou, oïdium et botrytis :
| Maladie |
Tache sur feuille |
Tache sur baie |
Présence de fructification |
Texture de la baie |
| Black-rot |
Jaune-brun, pycnides noires |
Brune, dure, ridée, points noirs |
Pycnides noires en cercle |
Dure, sèche |
| Mildiou |
Jaunâtre, aspect huileux |
Grain gris bleu, mou |
Fructification blanche dessous feuille |
Molle, aqueuse |
| Oïdium |
Blanc poudreux |
Blanchâtre, pellicule farineuse |
Sporulation blanche |
Molle, éclate |
| Botrytis |
Aucune tache |
Brun clair, moelleux |
Poussière grise |
Molles, pourries |