Une renommée bâtie sur la longue mémoire du vin
Des archives séculaires
La première mention attestée de la vigne à Chavignol remonte à 1396, dans un acte de cession rédigé pour le prieuré de Saint-Satur (source : Archives Départementales du Cher). Mais il faut attendre la Renaissance pour que les Culs de Beaujeu soient explicitement cités dans les baux et partages de terres. Au XVIII siècle, ce sont les notables de Sancerre et les grands négociants d’Orléans qui s’arrachent ces raisins réputés “pour leur tension et leur noblesse” (source : D. Brunet, “Sancerre à travers les siècles”).
- Au XIX siècle, après la crise du phylloxéra, la parcelle est replantée en priorité – décision rare, car elle témoigne d’une confiance dans son potentiel. Certains ceps de pinot noir et de sauvignon remontent encore à cette époque.
- Dans les années 1950, alors que le Sancerre peine à s’imposer face aux gros rouges du sud (Bouzies, Cahors) ou des “Clarets” de Bordeaux, c’est par le prestige de ses “cuvées parcellaires” (dont les Culs de Beaujeu) que l’appellation commence à retrouver une signature sur les grandes tables parisiennes (source : “Les terroirs du Sancerrois”, A. Corbineau).
Les Culs de Beaujeu et la culture du “climat”
À la différence de la majorité du vignoble français hors Bourgogne, le Sancerrois a longtemps valorisé l’expression de ses lieux-dits – les “terroirs”. Les Culs de Beaujeu font partie de cette poignée de parcelles où cette tradition du “vin du lieu” n’a jamais été interrompue.
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Des interprétations par grandes maisons : Alphonse Mellot, Paul Prieur & Fils (aucun lien familial !), Gérard Boulay, François Cotat… Plusieurs générations de vignerons ont élevé séparément les vins des Culs de Beaujeu, parfois en vinification intégrale, parfois en sous-bois. Résultat : des millésimes mythiques, recherchés par les amateurs depuis les années 1980.
Ces pratiques, loin du “marketing parcellaire” d’aujourd’hui, reposaient sur une transmission orale, sur l’intuition du vigneron pour garder à part, année après année, le nectar de cette pente.