Techniques de travail du sol à Verdigny : entre héritage et innovation
Le labour traditionnel : de la charrue au décavaillonnage
Le labour est la technique historique : il a longtemps rythmé la vie du vignoble. Il s’effectue entre les rangs (avec des charrues vigneronnes ou des interceps), permettant d’enfouir engrais verts et résidus, d’aérer le sol, de contrôler la pousse des adventices.
Là où les pentes sont fortes, la tradition veut que le labour soit “à dos d’âne”, en adaptant les outils et le calendrier pour limiter l'érosion.
- La profondeur moyenne du labour s’établit à 10-15 cm, une protection contre la compaction excessive, mais pas sans risque pour les organismes en surface.
- L’usage du décavaillonneur, en remplaçant la pioche à la main, a permis de réduire la pénibilité et d’augmenter la réactivité lors des pluies précoces du printemps.
Le recours à l’enherbement : équilibre à trouver
L’enherbement, partiel ou total, est aujourd’hui au cœur des pratiques à Verdigny. On distingue :
- Enherbement permanent au centre des rangs (60 % des vignerons selon le syndicat de l’appellation), souvent à base de fétuque, d’ivraie ou de trèfle pour nourrir le sol et fixer l’azote.
- Enherbement temporaire, semé à l’automne puis broyé au printemps, favorisant les auxiliaires et la matière organique.
- Laisser un rang sur deux enherbé : une stratégie fréquente sur les terroirs à faible réserve hydrique, pour éviter la concurrence en année sèche (2019 et 2020, deux des cinq années les plus sèches du XXIe siècle à Verdigny selon Météo France, voir Météo France).
Le choix des espèces et la hauteur de coupe conditionnent la maîtrise de la compétition hydrique. L’enjeu est de garder les herbes “ras du sol” juste avant la véraison et pendant la maturation.
Techniques alternatives, bio et conservation des sols
La question environnementale a vu l’émergence de nouvelles techniques visant à limiter à la fois travail profond et intrants :
- Paillage (paille, broyat de sarments) pour limiter évaporation, érosion et germination d’adventices.
- Utilisation de couverts végétaux spécifiques (légumineuses, crucifères) pour relancer la vie du sol et améliorer sa structure.
- Tonte douce et fréquente, privilégiée dans les parcelles certifiées bio ou en biodynamie, afin de ne jamais retourner la couche superficielle microbienne. La SCEA Couet-Lamige à Verdigny, par exemple, a réduit de 80 % le travail du sol profond en dix ans (témoignage lors de la Journée technique Terres Viticoles 2022).
On observe également la montée du non-travail sous le rang (mulching, herbes basses contrôlées), permettant parfois à la terre de se “reposer” sans devenir stérile.