Quand l’alternance améliore-t-elle réellement l’équilibre de la vigne ?
1. Sur sols pauvres ou sensibles à l’érosion : alterner pour protéger et nourrir
Dans les Silex de Verdigny ou les caillottes du Bannon, les sols peu épais s’érodent vite si on laboure sans relâche (jusqu’à 6 t/ha/an de terre perdue, d’après Chambres d’Agriculture du Cher). Enherber les interrangs, c’est aménager un coussin végétal qui retient l’eau, filtre les pluies battantes et ralentit le ruissellement. Mais il faut parfois relancer la vie du sol, surtout après une période sèche, en intervenant avec un labour léger ou un passage de décavaillonneuse pour faciliter la pénétration d’eau et l’enracinement profond de la vigne.
Concrètement :
- Enherbement des rangs sur les pentes dès octobre, labour d’un rang sur deux en sortie d’hiver
- Labours superficiels ponctuels au printemps pour casser la croûte de battance
Ce jeu d’équilibriste permet de préserver, voire d’améliorer, la structure du sol et la qualité des eaux de ruissellement (Vigivigne, 2022).
2. Face à la sécheresse et à la concurrence hydrique : moduler selon les millésimes
Les dernières années sèches (2015, 2018, 2020, 2022) ont mis en évidence l’intérêt de pouvoir tourner le bouton : sur certains terroirs, l’enherbement total assoiffe la vigne et bloque la maturité. En situation de stress hydrique, le labour au printemps permet de limiter la compétition des herbes, de maximiser l’humidité retenue autour des ceps et d’éviter les arrêts de croissance (“burnt leaves”, phénomène identifié par les laboratoires œnologiques de Touraine).
À l’inverse, en années fraîches ou pluvieuses, conserver un enherbement partiel aide à absorber le trop-plein d’eau, limite la vigueur excessive, donc l’apparition de maladies comme le mildiou ou l’oïdium. Ce réglage “par anticipation” repose sur l’observation fine de la météo locale, la portance des sols et la vigne elle-même.
3. Pour maîtriser la vigueur et ajuster la qualité des raisins
Un excès de vigueur dilue le raisin et tire les grappes vers la maladie. C’est là que l’enherbement (naturel ou semé) entre en scène : il “calme” la vigne, régule ses ardeurs en l’obligeant à puiser plus profond. Les essais de l’IFV montrent une baisse moyenne de 15 à 25% de la vigueur après 3 saisons consécutives d’enherbement alterné par rapport à un sol travaillé uniquement.
Mais sur de jeunes vignes ou certains clones peu robustes, la concurrence peut devenir pénalisante. Le labour périodique relance dès lors la croissance, sans exposition aux aléas du tout-chimique, à condition de ne pas excéder trois passages par an (VigneVin, 2023).
4. En transition biologique ou pour préserver la vie du sol
Des analyses menées à Chavignol et Bué montrent un doublement des populations de vers de terre et de microfaune dans les années suivant l’introduction d’un enherbement alterné avec un labour superficiel. Ce résultat, à la fois agrologique et écologique, est l’un des arguments majeurs pour l’adoption “raisonnée” de cette gestion, particulièrement en Agriculture Biologique où les herbicides sont exclus (Agrobio Vigneron, 2021).
À retenir :
- Le non-labour absolu favorise la faune, mais peut générer une dureté du sol (“semelle”)
- L’alternance stimule la pédofaune tout en gardant une souplesse d’intervention contre l’herbe en excès.